Dollar plus faible ≠ Trajectoire dégagée
Le consensus anticipe un dollar américain plus faible à 12 mséparent les colonnes et rangees
ois face à la plupart des grandes devises. Pourtant, la hausse du taux directeur de la Réserve fédérale (Fed), le 16 septembre, l’a raffermi à court terme, et les premières révisions d’octobre vont dans le même sens.
Les prévisions des grandes institutions financières s’accordent sur l’appréciation du dollar canadien et du yuan face au dollar américain. Elles divergent en revanche sur le franc suisse et la livre, dont même la direction n’est pas tranchée. À notre lecture, ce trimestre oppose donc une direction largement partagée à un chemin beaucoup plus incertain.
Le peso mexicain constitue le principal point de vigilance du trimestre. Si le consensus anticipe son appréciation face au dollar américain, plusieurs institutions ont récemment revu leurs prévisions vers un peso moins fort.
De plus, une partie du conseil du Banco de México (Banxico) se dit prête à baisser son taux directeur. Ce risque est lié au premier, car l’appréciation attendue du peso repose largement sur un dollar faible, que la Fed remet justement en question.
Un dollar attendu en repli, aussitôt mis à l’épreuve
La hausse du taux directeur de la Fed en septembre ne remet pas en cause, à notre lecture, la baisse attendue du dollar américain à 12 mois, mais elle peut en retarder le moment.
Cette lecture repose sur un scénario précis : la Fed cesserait de relever son taux directeur d’ici la fin de 2026, tandis que d’autres banques centrales continueraient de relever le leur. Toute hausse au-delà de ce scénario prolongerait donc la fermeté du dollar, sans forcément annuler son repli.
En fin d’été, les prévisions publiées annonçaient déjà un repli du dollar face à l’euro, au yen et au dollar canadien. Au cours de septembre, plusieurs institutions qui anticipaient jusque-là un dollar plus fort se sont même ralliées à ce scénario.
Les premières révisions d’octobre, publiées après la décision de la Fed, vont au contraire en sens inverse. Ainsi, deux institutions ont relevé leur prévision du dollar américain à 3 mois face au dollar canadien et au peso mexicain, et l’une d’elles aussi face à l’euro. Si le mouvement reste limité, il montre que le consensus peut encore évoluer. Ces révisions portent toutefois surtout sur l’horizon de 3 mois : selon nous, elles décalent le repli du dollar plutôt qu’elles ne le remettent en cause.
Pour les équipes financières, l’incertitude concerne donc principalement le calendrier du repli attendu du dollar, particulièrement pour les paiements et les encaissements des prochains mois.
Des banques centrales désynchronisées
Les décisions de septembre ont creusé l’écart entre les politiques monétaires. D’un côté, la Fed a relevé son taux directeur de 25 points de base le 16 septembre, à une fourchette de 3,75 % à 4,00 %, par un vote unanime. Ses projections indiquent une dernière hausse d’ici la fin de 2026, puis un plateau en 2027 avant des baisses à partir de 2028. Par ailleurs, ses minutes du 7 octobre montrent qu’une majorité de responsables jugent une nouvelle hausse probable d’ici la fin de l’année.
Dans le même sens, la Banque centrale européenne (BCE) a relevé son taux de dépôt de 25 points de base le 10 septembre, à 2,50 %. En effet, l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) de la zone euro progressait encore de 3,3 % en août. De son côté, la Banque du Japon (BoJ) a porté son taux directeur à 1,25 % lors de sa réunion des 17 et 18 septembre, par 7 voix contre 2.
Fait notable, la Fed, la BCE et la BoJ ont toutes trois relevé leur taux directeur en septembre. À notre lecture, lorsque plusieurs banques centrales relèvent simultanément leurs taux, c’est surtout l’évolution de leurs écarts avec celui de la Fed qui importe pour les devises. Cela éclaire la réaction du yen : malgré la hausse de la BoJ, son taux directeur reste inférieur de 250 à 275 points de base à celui de la Fed.
À l’inverse, la Banque du Canada (BoC) a maintenu son taux directeur à 2,25 % le 2 septembre. La Banque d’Angleterre (BoE) a fait de même le 17 septembre, à 3,75 %, bien que trois de ses neuf membres aient voté pour une hausse. Ces pauses rendent, selon nous, le dollar canadien et la livre plus sensibles à l’écart qui se creuse avec la Fed.
En Amérique latine, le Banco Central do Brasil (BCB) a abaissé son taux directeur, le Selic, de 25 points de base à 13,75 % le 16 septembre. Banxico a pour sa part maintenu le sien à 6,50 % le 24 septembre, tout en écartant un alignement automatique sur la Fed. Ses minutes du 8 octobre montrent d’ailleurs que trois des cinq membres du conseil envisagent une baisse si la désinflation se poursuit. Malgré la baisse du BCB, le Selic reste ainsi supérieur de 975 à 1 000 points de base au taux directeur de la Fed, et celui de Banxico de 250 à 275 points de base.
Les prochaines décisions monétaires seront donc déterminantes pour vérifier si les écarts de taux évoluent conformément aux scénarios sur lesquels reposent les prévisions de change.
Le Canada sous pression tarifaire
Le consensus anticipe un raffermissement graduel du dollar canadien face au dollar américain, malgré l’escalade commerciale entre les deux pays au cours du trimestre. En juillet, Washington a annoncé des tarifs douaniers de 50 % sur les produits canadiens. Après l’échec des négociations d’août, Ottawa a répliqué début septembre par des contre-tarifs de 15 % à 50 % sur environ 20 milliards de dollars d’importations américaines.
Washington a alors interdit, à compter du 29 septembre, l’importation de produits laitiers, de motos et d’alcools canadiens. Les grandes institutions financières prévoient néanmoins une croissance canadienne d’environ 1,1 % en 2026 et 2,1 % en 2027, en intégrant un coût des tarifs estimé à environ 0,4 point de PIB.
L’anticipation du consensus ne s’appuie donc pas, selon nous, sur les écarts de taux d’intérêt, aujourd’hui défavorables au dollar canadien. Elle suggère plutôt que le cours actuel du dollar canadien intègre déjà une large part du choc tarifaire. D’ailleurs, toutes les institutions prévoient qu’à 12 mois, le dollar canadien se sera renforcé face au dollar américain par rapport à son cours du 30 septembre.
Par ailleurs, l’écart de taux d’intérêt à deux ans entre les États-Unis et le Canada s’est creusé au cours du trimestre, dans un contexte de resserrement monétaire de la Fed. Il atteint près de 150 points de base, contre une centaine en début de trimestre.
La décision de la BoC du 28 octobre sera donc le prochain point de repère : un maintien laisserait cet écart large, alors qu’une hausse le réduirait. Le scénario présente ainsi une fragilité : si la BoC marquait une nouvelle pause alors que la Fed relève encore son taux directeur, l’écart se creuserait au détriment du dollar canadien.
Nous retenons ainsi que les prévisions décrivent une appréciation progressive du dollar canadien, et non un retournement brutal. Le principal risque pour ce scénario reste une nouvelle escalade tarifaire.
L’Amérique latine à deux vitesses
Le consensus anticipe une appréciation du real brésilien, du peso chilien et du peso mexicain face au dollar américain, mais les institutions s’accordent plus ou moins selon la devise. À notre lecture, le real reste soutenu par un taux directeur élevé malgré les baisses du BCB, tandis que le peso chilien profite de la vigueur du cuivre. Ces soutiens nous paraissent toutefois fragiles, car ils dépendent notamment de l’appétit des marchés pour le risque.
Le peso mexicain est en revanche le cas le plus disputé. Si la majorité des institutions anticipe un raffermissement du peso par rapport à son cours du 30 septembre, plusieurs ont récemment revu leurs prévisions vers un peso moins fort. De plus, l’écart entre les prévisions les plus basses et les plus hautes s’élargit avec l’horizon.
À cela s’ajoutent deux échéances. D’une part, le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, le 4 octobre, n’a pas désigné de vainqueur, et un second tour aura lieu le 25 octobre. D’autre part, une partie du conseil de Banxico se dit prête à baisser son taux directeur, ce qui réduirait l’écart de taux d’intérêt avec les États-Unis, aujourd’hui favorable au peso. Si Banxico abaissait son taux directeur tandis que la Fed relevait le sien, cet écart favorable au peso se réduirait sous l’effet des deux décisions.
Les grands courants et leurs moteurs
Dollar américain : baisse attendue à 12 mois, hausse à court terme
Par rapport aux cours au comptant du 30 septembre, le consensus anticipe un dollar plus faible à 12 mois face à la plupart des grandes devises. Il situe ainsi l’EUR/USD à 1,1700 contre 1,1355, l’USD/JPY à 154,00 contre 157,00 et l’USD/CAD à 1,3600 contre 1,4183.
La direction fait largement consensus, mais pas le calendrier : face au yen, le consensus anticipe même un dollar légèrement plus fort à 3 mois, à 158,00, avant son repli.
À court terme, le dollar a pourtant progressé. Dans la seconde quinzaine de septembre, l’indice du dollar (DXY), qui le mesure face à six grandes devises, a atteint un plus haut de 18 mois.
Au même moment, le rendement américain à 10 ans a dépassé 5 % pour la première fois depuis 2007, puis a touché 5,36 % le 7 octobre, un sommet depuis 2002. Ces rendements élevés rendent, selon nous, le dollar plus rémunérateur à détenir, ce qui coïncide avec sa fermeté récente.
Certaines institutions envisagent d’ailleurs un dollar plus fort face à l’euro et au franc suisse dans les prochains mois, même si ce scénario reste minoritaire.
Euro et devises européennes : l’euro soutenu par la BCE, la livre stable
Le consensus anticipe une appréciation de l’euro face au dollar, à 1,1600 à 3 mois et à 1,1700 à 12 mois, contre 1,1355 au 30 septembre. À notre lecture, la hausse du taux de dépôt de la BCE en est le principal soutien. Or le taux directeur de la Fed reste supérieur de 125 à 150 points de base au taux de dépôt de la BCE.
L’appréciation attendue de l’euro pourrait donc être soutenue par une réduction de cet écart, notamment si la BCE continuait de relever son taux plus longtemps que la Fed.
L’euro a pourtant reculé d’environ 2 % face au dollar en septembre. Ce recul coïncide avec la fermeté du dollar après la décision de la Fed, ainsi qu’avec un regain de tensions au Moyen-Orient, marqué par des attaques près du détroit d’Ormuz.
La livre sterling, quant à elle, resterait quasi stable face au dollar : le consensus la situe à 1,3400 à 12 mois, contre 1,3286 au 30 septembre. À notre lecture, l’incertitude politique et budgétaire britannique freine sa progression. La BoE a en effet marqué une pause alors que trois de ses membres souhaitaient une hausse, ce qui laisse ouverts les deux scénarios.
Le franc suisse s’apprécierait également face au dollar, le consensus situant l’USD/CHF à 0,7900 à 12 mois, contre 0,8347 au 30 septembre. Si son rôle de valeur refuge reste établi, les institutions divergent fortement, certaines anticipant même un franc plus faible à 12 mois. Selon nous, le dollar a lui aussi joué un rôle de refuge lors des tensions récentes, ce qui brouille le signal habituel du franc.
Yen japonais : la BoJ relève son taux directeur, le yen ne suit pas encore
Le consensus anticipe un raffermissement modéré du yen, qui n’apparaît qu’au-delà de 3 mois. Il situe en effet l’USD/JPY à 158,00 à 3 mois, puis à 154,00 à 12 mois, contre 157,00 au 30 septembre.
Bien que la hausse du taux directeur de la BoJ aille dans le sens d’un yen plus fort, celui-ci s’est affaibli dans l’immédiat. Ce recul coïncide avec le vote de deux membres contre la hausse et avec la prudence du gouverneur Ueda sur le rythme des hausses. Il coïncide aussi avec un écart de taux d’intérêt qui reste large avec les États-Unis.
Le résumé des opinions de la BoJ, publié le 1er octobre, montre néanmoins qu’une majorité de membres est favorable à de nouvelles hausses, sans calendrier arrêté. Le dollar s’est alors établi autour de 157,87 yens. La réunion des 29 et 30 octobre sera le prochain point de repère.
À notre lecture, une réduction de l’écart de taux d’intérêt avec les États-Unis favoriserait le raffermissement attendu du yen. Cette évolution dépend des décisions de la Fed autant que de celles de la BoJ. Les estimations les moins favorables au yen situent d’ailleurs l’USD/JPY à 160,00 à 12 mois, au-dessus de son niveau du 30 septembre.
Pour une entreprise exposée au yen, une décision monétaire conforme aux attentes ne garantit donc pas la réaction de change attendue à court terme.
Dollar canadien : un raffermissement graduel
Le consensus anticipe un raffermissement graduel du dollar canadien face au dollar américain. Il situe l’USD/CAD à 1,3900 à 3 mois et à 1,3600 à 12 mois, contre 1,4183 au 30 septembre, soit une baisse de 4,1 %.
Parmi les grandes devises, seul le franc suisse affiche une appréciation attendue plus nette face au dollar américain et dépasse celle du dollar canadien. La direction fait d’ailleurs l’unanimité : à 12 mois, toutes les prévisions se situent entre 1,3400 et 1,4000, sous le cours du 30 septembre.
Sur les paires croisées, le GBP/CAD reculerait de 1,8844 au 30 septembre à 1,8200 à 12 mois. Ce recul tient surtout à la vigueur attendue du dollar canadien, puisque la livre resterait quasi stable face au dollar américain. Quant au peso mexicain, il se raffermirait face au dollar canadien à 3 mois, le consensus situant le MXN/CAD à 0,0800. Il reviendrait ensuite près de son niveau du 30 septembre, 0,0782, à 12 mois.
Ce profil du MXN/CAD reflète un décalage entre les deux devises. À 3 mois, le consensus anticipe une appréciation plus rapide du peso que du dollar canadien face au dollar américain, de 3,7 % contre 2,0 %. À 12 mois, les deux appréciations deviennent comparables, à 4,1 %, d’où le retour du MXN/CAD près de son niveau actuel.
L’EUR/CAD, enfin, resterait stable autour de 1,6100 à tous les horizons, car l’appréciation de l’euro face au dollar américain compenserait celle du dollar canadien.
Yuan chinois : une appréciation encadrée
Le consensus anticipe une appréciation graduelle du yuan face au dollar, de 6,7045 au 30 septembre à 6,6000 à 12 mois. C’est aussi la paire sur laquelle les institutions s’accordent le plus, puisque l’écart entre la prévision la plus basse et la plus haute ne dépasse pas 3,2 % à 12 mois.
En septembre, la Banque populaire de Chine (PBoC) a maintenu son taux de référence des prêts à un an à 3,0 %, pour le seizième mois consécutif.
La faible dispersion des prévisions traduit, selon nous, l’encadrement du yuan par la PBoC plus qu’une certitude de marché. Pour une entreprise, le risque tient donc moins à des mouvements de change continus qu’à un ajustement soudain décidé par les autorités chinoises.
Devises latino-américaines : taux d’intérêt élevés, prévisions dispersées
Le consensus anticipe une appréciation du real brésilien et du peso chilien face au dollar. Il situe ainsi l’USD/BRL à 4,9000 à 12 mois, contre 5,2027 au 30 septembre, et l’USD/CLP à 900,00, contre 970,46. Pour ces deux devises, toutes les institutions prévoient, à 12 mois, un recul du dollar par rapport à son cours du 30 septembre.
Les prévisions sur le peso chilien divergent en revanche fortement à 3 mois, entre 870,00 et 980,00, avant de se resserrer entre 900,00 et 920,00 à 12 mois. Les institutions s’accordent donc sur la destination du peso chilien, mais pas sur le chemin.
L’unanimité sur le real contraste avec l’incertitude du second tour brésilien du 25 octobre. Cette échéance peut, selon nous, provoquer des écarts ponctuels, sans remettre en cause la direction attendue à 12 mois.
Le consensus anticipe également une appréciation du peso mexicain, puisqu’il situe l’USD/MXN à 17,4500 à 3 mois et à 17,3750 à 12 mois, contre 18,1256 au 30 septembre. Ce sont pourtant les prévisions de la région qui ont le plus évolué récemment.
Hors des grandes devises, une institution anticipe une légère appréciation du sol péruvien face au dollar à 3 et 6 mois. Cette prévision isolée reste toutefois indicative.
Autres devises
Une institution anticipe une appréciation du dirham marocain face à l’euro et au dollar américain à 3 mois, situant l’EUR/MAD à 10,7400 et l’USD/MAD à 9,4100. Ces prévisions isolées restent toutefois indicatives.
Les points de friction
Peso mexicain : appréciation attendue, révisions en sens inverse
Deux visions coexistent sur le peso. D’un côté, la quasi-totalité des institutions anticipe un raffermissement du peso par rapport à son cours du 30 septembre, avec un USD/MXN entre 16,8000 et 17,8900 à 12 mois, sous le comptant de 18,1256. De l’autre, une seule institution le situe à 18,2500, ce qui correspond à un peso plus faible ; cette prévision reste isolée.
Les révisions récentes vont pourtant vers un peso moins fort. Début octobre, une institution a relevé sa prévision d’USD/MXN à 3 mois de 17,0000 à 18,0000, et une autre de 17,2000 à 17,8000. Ces niveaux restent néanmoins sous le cours du 30 septembre.
En outre, l’écart entre les prévisions s’élargit avec l’horizon : elles vont de 16,9000 à 18,0000 à 3 mois, puis de 16,8000 à 18,2500 à 12 mois, soit un écart de 8,6 %. Le risque est aussi asymétrique : la prévision la plus haute s’écarte du consensus de 0,8750, contre 0,5750 pour la plus basse. À notre lecture, l’asymétrie des prévisions fait davantage ressortir le risque d’un peso moins fort qu’attendu.
La politique de Banxico ajoute une incertitude. Selon ses minutes du 8 octobre, trois membres sur cinq envisagent une baisse du taux directeur si la désinflation se poursuit, alors que la Fed envisage une nouvelle hausse. Le conseil de Banxico relève d’ailleurs que la stabilité du peso repose en grande partie sur l’anticipation d’un dollar faible.
À notre lecture, le peso cumule ainsi deux fragilités. Son appréciation dépend d’un dollar faible, que la Fed conteste, et d’un écart de taux d’intérêt que Banxico pourrait réduire.
Les signaux d’inflation au Mexique restent par ailleurs contrastés. Entre la mi-juillet et la mi-septembre, l’inflation générale est passée de 3,10 % à 3,42 %, tandis que l’inflation sous-jacente reculait de 3,95 % à 3,79 %.
Euro : une direction partagée, une ampleur disputée
Deux visions coexistent sur l’ampleur de l’appréciation de l’euro. À 12 mois, les prévisions d’EUR/USD s’étendent en effet de 1,1000 à 1,2100, soit un écart de 10,0 %. Les estimations les plus prudentes situent l’euro sous son niveau du 30 septembre, alors que les plus favorables le placent nettement au-dessus.
Début octobre, une institution a d’ailleurs abaissé sa prévision d’EUR/USD à 3 mois de 1,1800 à 1,1200, vers un dollar plus fort. À notre lecture, ce mouvement isolé ne change pas la direction du consensus, mais il montre que la décision de la Fed peut encore le faire évoluer. Cette révision rejoint un déséquilibre déjà visible dans les prévisions à 12 mois. La plus basse se situe 0,0700 sous le consensus de 1,1700, alors que la plus haute ne le dépasse que de 0,0400. À notre lecture, cette asymétrie fait davantage ressortir le risque d’un euro moins fort qu’attendu.
EUR/CAD : stabilité attendue, risque asymétrique
Bien que le consensus anticipe une stabilité de l’EUR/CAD, les risques ne sont pas symétriques. À 12 mois, la prévision la plus basse se situe 6,2 % sous le cours du 30 septembre, contre 1,2 % au-dessus pour la plus haute. À notre lecture, cette asymétrie fait davantage ressortir le risque d’un euro plus faible face au dollar canadien.
Franc suisse : un refuge, mais trop de dispersion pour trancher
Deux visions coexistent sur le franc suisse au-delà du court terme. À 12 mois, les prévisions d’USD/CHF s’étendent de 0,7700 à 0,8500, soit un écart de 10,4 %, le plus large des grandes paires à cet horizon.
La dispersion des prévisions empêche toutefois de dire avec confiance si le franc continuera de s’apprécier au-delà du court terme. Les estimations présentent également une asymétrie : à 12 mois, la prévision la plus haute se situe 0,0600 au-dessus du consensus de 0,7900, contre seulement 0,0200 en dessous pour la plus basse. À notre lecture, cette asymétrie fait davantage ressortir le risque d’un franc moins fort qu’attendu.
Livre sterling : pas d’accord sur la direction
Deux visions coexistent sur la livre. Si le consensus la situe quasi stable face au dollar, les estimations les plus prudentes la placent à 1,2700 à 12 mois, nettement sous son niveau du 30 septembre. Les plus favorables la placent au contraire à 1,3900.
À notre lecture, cet écart reflète un vrai désaccord entre institutions sur la livre. Il persiste en effet, alors qu’il s’est réduit sur les autres grandes devises au cours du trimestre. Contrairement à l’euro ou au peso, les prévisions extrêmes s’écartent ici presque autant du consensus vers le haut que vers le bas, ce qui traduit une incertitude dans les deux directions.
Le budget britannique d’automne, attendu le 28 octobre, puis la décision de la BoE du 5 novembre seront les prochains points de repère.
Les moteurs de ces courants et frictions
Orientation de la Fed. Les prochaines décisions de la Fed constituent un facteur déterminant du calendrier des mouvements de change anticipés.
Désynchronisation des banques centrales. L’évolution des écarts de taux d’intérêt avec les États-Unis reste un facteur important des trajectoires attendues de l’euro, du yen et du dollar canadien.
Tarifs commerciaux. L’escalade entre le Canada et les États-Unis pèse sur la croissance canadienne, sans remettre en cause, à ce stade, l’appréciation attendue du dollar canadien.
Risque géopolitique et électoral. Les tensions au Moyen-Orient restent susceptibles de provoquer des mouvements de change, auxquels s’ajoutent les incertitudes entourant le second tour brésilien du 25 octobre et les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre.
À retenir
Le marché des changes traverse une phase de transition plutôt qu’une tendance établie. Le consensus anticipe certes un dollar plus faible à 12 mois, mais la hausse du taux directeur de la Fed, le 16 septembre, l’a raffermi à court terme. Les premières révisions d’octobre vont d’ailleurs dans le même sens.
À notre lecture, la convergence des prévisions est élevée sur l’appréciation du yuan et du dollar canadien face au dollar américain. Elle l’est aussi sur la stabilité de l’EUR/CAD à 3 et 6 mois.
Pour l’euro, le yen et le real, les institutions s’accordent sur le sens du mouvement face au dollar américain, mais pas sur son ampleur : la convergence est donc modérée. Elle est enfin faible sur le franc suisse et la livre, où la dispersion est la plus large, ainsi que sur le peso mexicain, dont le consensus est le plus instable.
Le peso mexicain reste ainsi le principal point de vigilance. Alors que le consensus anticipe son appréciation face au dollar américain, les dernières révisions vont vers un peso moins fort, et Banxico envisage une baisse de son taux directeur.
Les risques ne sont pas non plus symétriques. Pour l’euro, le franc suisse et le peso mexicain, les prévisions extrêmes penchent vers une devise moins forte qu’attendu face au dollar américain. Le scénario adverse le plus cohérent nous paraît donc un dollar qui reste fort plus longtemps, plutôt qu’un dollar qui baisse plus vite.
Puisque plusieurs trajectoires restent possibles, l’enjeu pour une entreprise exposée aux devises n’est pas de choisir entre couvrir ou attendre. Il s’agit plutôt d’arbitrer entre le niveau de protection nécessaire et la flexibilité à préserver.
En effet, la tolérance définie au budget ne change pas au gré du marché : c’est la position de l’entreprise par rapport à cette tolérance qui évolue. Un cadre de décision fondé sur le budget et la tolérance permet alors de déterminer quand intervenir et dans quelles proportions.
L’approche D-Risk maintient ces repères décisionnels à jour à mesure que les perspectives et les expositions évoluent.
Brève lecture par paire de devises
Pour chaque paire, les tableaux ci-dessous résument l’écart entre la prévision la plus basse et la plus haute, la direction attendue du taux de change et le principal risque pour ce scénario. Chaque commentaire décrit l’évolution de la devise de gauche face à celle de droite : pour l’EUR/USD, celle de l’euro face au dollar américain. Les directions s’entendent par rapport aux cours au comptant du 30 septembre 2026.
a. Min / Max par horizon
| Paire | 3 MOIS | 6 MOIS | 12 MOIS | Lecture synthétique |
| USD/CAD | 1,3700–1,4300 | 1,3500–1,4500 | 1,3400–1,4000 | Le dollar américain se déprécie graduellement face au dollar canadien. Écart entre prévisions modéré |
| EUR/USD | 1,1200–1,2000 | 1,1100–1,2000 | 1,1000–1,2100 | L’euro s’apprécie face au dollar américain ; direction partagée, ampleur disputée |
| GBP/USD | 1,3000–1,3700 | 1,2700–1,3800 | 1,2700–1,3900 | La livre resterait quasi stable face au dollar américain, avec une dispersion importante autour de cette trajectoire |
| USD/JPY | 152,00–160,00 | 152,00–160,00 | 149,00–160,00 | Le dollar américain se déprécie modestement face au yen au-delà de 3 mois |
| USD/CHF | 0,7800–0,8500 | 0,7800–0,8600 | 0,7700–0,8500 | Le dollar américain se déprécie face au franc suisse ; dispersion la plus large des grandes paires à 12 mois |
| USD/CNY | 6,6500–6,7600 | 6,6000–6,7400 | 6,5000–6,7100 | Le dollar américain se déprécie graduellement face au yuan ; prévisions les plus proches les unes des autres |
| USD/MXN | 16,9000–18,0000 | 16,8000–18,0000 | 16,8000–18,2500 | Le dollar américain se déprécie face au peso mexicain. Révisions récentes en sens inverse, écart croissant avec l’horizon |
| USD/BRL | 5,0800–5,2500 | 5,0000–5,1900 | 4,7000–5,0500 | Le dollar américain se déprécie face au real brésilien ; unanimité sur la direction, ampleur disputée |
| USD/CLP | 870,00–980,00 | 870,00–960,00 | 900,00–920,00 | Le dollar américain se déprécie face au peso chilien ; prévisions très dispersées à 3 mois, resserrées à 12 mois |
| USD/PEN | 3,3500 | 3,4000 | n.d. | Une institution anticipe une légère dépréciation du dollar américain face au sol péruvien ; prévision isolée |
| EUR/MAD | 10,7400 | n.d. | n.d. | Une institution anticipe une appréciation du dirham marocain face à l’euro ; prévision isolée |
| USD/MAD | 9,4100 | n.d. | n.d. | Une institution anticipe une appréciation du dirham marocain face au dollar américain ; prévision isolée |
| Paires croisées CAD | ||||
| EUR/CAD | 1,5900–1,6200 | 1,5800–1,6400 | 1,5100–1,6300 | L’euro resterait stable face au dollar canadien ; écart entre prévisions qui s’élargit à 12 mois |
| GBP/CAD | 1,8400–1,9000 | 1,8000–1,9000 | 1,7400–1,9100 | La livre se déprécie graduellement face au dollar canadien : il faudrait moins de CAD pour 1 GBP |
| MXN/CAD | 0,0776–0,0816 | 0,0765–0,0815 | 0,0767–0,0800 | Le peso mexicain s’apprécierait face au dollar canadien à 3 mois, avant de revenir près de son niveau du 30 septembre à 12 mois |
| EUR/MAD | 10,7400 | n.d. | n.d. | Une institution anticipe une appréciation du dirham marocain face à l’euro ; prévision isolée |
b. Biais, lecture vigie et risque clé par paire
| Paire | Biais 12 mois | Lecture vigie | Risque clé |
| USD/CAD
|
↓ | Dépréciation graduelle du dollar américain face au dollar canadien, que le consensus situe à 1,3600 à 12 mois | Décision de la BoC du 28 octobre ; escalade tarifaire entre le Canada et les États-Unis |
| EUR/USD | ↑ | Appréciation de l’euro face au dollar américain, à 1,1700 à 12 mois selon le consensus ; ampleur disputée | Nouvelle hausse du taux directeur de la Fed ; révisions vers un dollar plus fort depuis début octobre |
| GBP/USD | ↔ | Livre quasi stable face au dollar américain, à 1,3400 à 12 mois ; dispersion importante | Budget britannique du 28 octobre ; décision de la BoE du 5 novembre |
| USD/JPY | ↓ | Dépréciation modérée du dollar américain face au yen au-delà de 3 mois, à 154,00 à 12 mois | Réunion de la BoJ des 29 et 30 octobre ; écart de taux d’intérêt avec les États-Unis |
| USD/CHF | ↓ | Dépréciation du dollar américain face au franc suisse, valeur refuge ; prévisions divergentes à 12 mois | Tensions au Moyen-Orient ; regain de fermeté du dollar |
| EUR/CAD | ↔ | Stabilité de l’euro face au dollar canadien, autour de 1,6100 | Décisions de la BoC du 28 octobre et de la BCE du 29 octobre |
| GBP/CAD | ↓ | Dépréciation graduelle de la livre face au dollar canadien, à 1,8200 à 12 mois | Risque budgétaire britannique ; risque tarifaire canadien |
| USD/CNY | ↓ | Dépréciation graduelle et encadrée du dollar américain face au yuan, à 6,6000 à 12 mois | Taux de référence des prêts de la PBoC du 20 octobre ; tensions commerciales |
| USD/MXN | ↓ | Dépréciation du dollar américain face au peso mexicain, à 17,3750 à 12 mois ; révisions récentes en sens inverse | Baisse possible du taux directeur de Banxico ; décision de Banxico du 5 novembre |
| USD/BRL | ↓ | Dépréciation du dollar américain face au real brésilien, à 4,9000 à 12 mois, soutenue par un Selic élevé | Second tour présidentiel du 25 octobre ; décision du BCB des 3 et 4 novembre |
| USD/CLP | ↓ | Dépréciation du dollar américain face au peso chilien, à 900,00 à 12 mois, cohérente avec la vigueur du cuivre | Prix du cuivre ; tensions sur le pétrole |
| USD/PEN | ↓ | Légère dépréciation du dollar américain face au sol péruvien, selon une institution ; prévision isolée | Risque régional latino-américain |
| MXN/CAD | ↔ | Peso plus fort face au dollar canadien à 3 mois, puis retour près de 0,0782 à 12 mois | Décisions de la BoC du 28 octobre et de Banxico du 5 novembre |
Biais = Direction attendue du taux (↑ hausse / ↓ baisse / ↔ stable), principalement à 12 mois. * USD/PEN : direction fondée sur la prévision à 3 mois, aucune prévision à 12 mois n’étant disponible.

